La honte de l'autre, ma honte à moi !!!

Photo > JJ Magnan
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En tant que personne, nous pouvons être amené à avoir honte du comportement d'une personne. Nous pouvons avoir honte d'un père, d'une mère, d'un frère, d'une sœur, d'un grand père,....

Qui, un jour n'a pas eu honte, en tant qu'enfant ou adolescent d'un membre de sa famille, lors d'une fête, d'une balade ou d'une réunion familiale ?

Nous pouvons également avoir honte d’un groupe d’appartenance ou d’une partie d’un groupe auquel nous nous sentons appartenir, dans lequel nous nous reconnaissons. Qui, un jour n'a pas eu honte, après un acte odieux, d’un groupe, d’un clan, d’un pays ?


Cette honte de l'autre est, en fait, une honte de moi. La honte à faire partie du même groupe que cette personne, de ce groupe, qui « me fait honte ». La partie honteuse de la personne va se débarrasser d'un sentiment trop difficile à accepter en projetant que ce sont les autres qui sont la cause de sa honte. Cette attitude peut engendrer un sentiment de culpabilité, de trahison vis-à-vis de la personne ou du groupe. Les conséquences de ce processus sont complexes car il va aller attaquer, chez la personne, le sentiment d’appartenance, la fierté qu’elle peut avoir à « faire partie du groupe ». La fierté n’étant plus là, elle va faire place à la honte sur une logique de retournement.


L'adolescence me semble, sur ce sujet, un modèle à observer pour mieux comprendre les stratégies d'évitement de la honte par l'appartenance à un groupe de « personnes identiques », dans lesquelles l'ado vas se trouver, dans une construction narcissique réparatrice d'une partie des traumatismes de l'enfance. En effet, les changements physiques et psychiques qui surviennent dans cette période troublée de la vie, sont de nature à inquiéter sur sa propre normalité. La difficulté à s'identifier et à gérer un registre pulsionnel qui « s'affole », va être générateur de complexes, de peurs de ne pas être normal. Ces complexes et ces peurs génèrent de la honte. Le groupe d'appartenance va jouer un rôle de contenant, de réassurance de par l’image de « normalité » qu’il véhicule.

La honte est ici en lien avec le sentiment d'appartenance à un groupe, avec la peur du rejet, la peur de trahir, la peur de ne pas être conforme, la peur de ne pas avoir de place au sein du groupe.




Pour aller plus loin

Bibliographie

Honte, Culpabilité et Traumatisme – Albert Ciccone . Alain Ferrant – Ed. Dunod

Mourir de dire La honte – Boris Cyrulnik – Ed. Odile Jacob

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Commentaires: 1
  • #1

    Longuet (dimanche, 28 décembre 2014 19:45)

    bonjour !
    () : c'est quoi "site internet" ?
    J'ai honte d'être un homme car la communauté masculine est responsable de la plus grande partie des violences sur Terre. Je ne suis pas dépourvu de pulsions violentes mais je n'y donne pas cours. Mes conditions de vie me donne cette chance de ne pas avoir à me défendre physiquement. La violence est fascinante pour tous je pense, et passer à l'acte, c'est comme réaliser un fantasme. L'ennui c'est qu'une fois passée la première fois, une course à l'intensité peut s'amorcer. "Qui vole un œuf, vole un bœuf" : il n'y a pas de "petites" violences. Toutefois, se juger en cas de dérapage, ne sert à rien, au contraire. Là commence l'un des plus beaux processus : le pardon. Je pense à un enfant battu, devenu adulte, qui reproduit. Pour moi, tout acte violent prend racine dans un pardon qui n'a pas pu se faire. Pas encore... Aussi l'acte violent n'est pas à juger (à condamner quand même) : il est une stratégie, tragique, pour servir un besoin, souvent d'expression. Pas très efficace mais mieux que rien ? Or seule la secondarité permet le pardon. Hélas cette qualité, féminine, est difficile d'accès pour les hommes. Notre éducation ne nous a souvent donné que des exemples négatifs de secondarité qui laissent un sale goût : on a appris à "ravaler", à contrôler. L'auto-empathie donne la clé de la porte de sortie... Admettre sa vulnérabilité... et voir qu'on en meure pas !
    Autre chose : la psy considère qu'un individu qui ne connaitrait point la honte, n'aurait pas accès au sentiment d'appartenance, et resterait bloqué dans sa toute puissance infantile. Un bon dosage de honte nourrit en q sorte le sentiment de respect de l'autre : je ne me permet pas n'importe quoi, je m'autocensure, ayant bien intériorisé le rôle disons du père : ma liberté s'arrête là où commence celle de l'autre.
    Merci pour cet espace d'expression !